Le peintre André Devambez entre dans le domaine public, oui mais… Wikipédia avant/après et musée d’Orsay

, par aKa

L’un des objectifs du 1er festival du domaine public est aussi de participer ensemble à mettre à disposition un maximum de ressources du domaine public, à commencer, bien entendu, par les œuvres des nouveaux entrants 2015. C’est pourquoi un certain nombre d’événements concernent directement des actions de numérisation (cf notre riche programme).

On a ainsi débuté en avant-première le jour du Nouvel An avec Aristide Maillol, en photographiant ses sculptures du jardin du Carrousel et les diffusant sur Wikipédia (et par là-même sur Internet) . Ce qui nous a d’ailleurs valu un passage sur TF1 et un joli titre sur Slate : Comment nous avons fait entrer Maillol dans le domaine public.

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Nous poursuivons aujourd’hui avec le peintre André Devambez. Plus classique, il est moins connu que Munch, Kandinsky ou Mondrian [1] qui entrent eux aussi avec lui dans le domaine public 2015. Mais nous y sommes cependant particulièrement attachés puisque c’est l’un de ses tableaux qui a servi de fond à l’affiche du festival [2].

Si sa page Wikipédia existe bel et bien [3], elle se retrouve fort logiquement vierge de toute illustration (jusqu’à hier). Agissons donc comme avec Maillol en ajoutant quelques unes de ses œuvres à son article, puisqu’on en a enfin le droit.

Sauf qu’ici cela ne se présente pas tout à fait comme avec Maillol, où il suffisait de se rendre dans un jardin public pour y prendre en toute légalité des clichés de ses œuvres. Nous sommes dépendants de l’emplacement du tableau original et du bon vouloir de son propriétaire.

Lorsque le propriétaire est privé, il n’y a pas grand chose à faire d’autre que d’espérer qu’il consent à la diffusion. Or ici nous avons a priori de la chance puisque deux des œuvres majeures de Devambez se trouvent dans une institution publique.

Sauf que c’est du musée d’Orsay qu’il s’agit, à savoir un musée qui a une politique pour le moins restrictive sur la reproduction de « ses » œuvres, dont une forte majorité pourtant est déjà dans le domaine public. On ne met pas en libre disposition des numérisations haute définition et on interdit la photographie dans l’enceinte du musée.
Nous en avions parlé dans cette chronique du 56Kast et en interrogeant Julien Dorra (cf cet extrait audio).

L’occasion de rappeler ce que souhaitait la députée Isabelle Attard dans sa proposition de loi visant à consacrer le domaine public :

Les reproductions fidèles d’œuvres de l’esprit en deux dimensions appartenant au domaine public appartiennent au domaine public. La personne qui les réalise ne peut prétendre au bénéfice du droit de propriété décrit au présent article.
Lorsqu’une œuvre appartient au domaine public, sa reproduction et sa représentation sont possibles sans restriction. Toute clause contractuelle contraire est considérée comme nulle et nulle d’effet.

Nous ne sommes pas naïfs, si ça coince au niveau des reproductions c’est aussi voire surtout à cause de questions d’argent. Mais nous souhaiterions que ce festival soit aussi l’occasion de s’interroger sur ces questions et les missions des services publics, qui hébergent des œuvres du domaine public. Idéalement on aimerait que ces institutions fassent à l’avenir la fête avec nous en mettant chaque moi de janvier à disposition des versions numériques haute définition des nouvelles œuvres du domaine public qu’elles hébergent (quitte à devoir redéfinir certains modèles économiques).

Certes, mais que faire en attendant ? Rien d’autre que s’en aller sur Internet voir si par un heureux hasard il n’existerait pas quelques reproductions de qualité des tableaux de Devambez.
Quand bien même elles ne soient pas disponibles en très haute définition, c’est le cas avec les deux peintures ci-dessous que nous sommes allés « copier/coller » dans Wikipédia (sans créditer le photographe et en spécifiant qu’il s’agissait bien d’œuvres du domaine public).

La Charge

Réalisée en 1902/1903, il s’agit peut-être de l’œuvre la plus célèbre d’André Devambez. Elle est ainsi présentée sur la fiche du musée d’Orsay :

La Charge d’André Devambez représente un affrontement entre le pouvoir et des manifestants. L’appartenance politique de ces derniers n’est guère identifiable : il peut s’agir d’anarchistes ou de syndicalistes mais aussi bien de nationalistes ou d’antidreyfusards ce que le lieu représenté (boulevard Montmartre) et la date de réalisation laisseraient supposer.
Plus sûrement, Devambez cherche ici à représenter l’archétype de la manifestation et de sa confrontation avec les forces de l’ordre.

-> La Charge, sur Wikimedia Commons

Le seul oiseau qui vole au-dessus des nuages

Comme beaucoup de ses contemporains, André Devambez se passionnait pour l’aviation naissante. Il fut même nommé en 1934 peintre officiel du tout jeune ministère de l’Air. Ici nous sommes en 1910 et c’est sa toute première œuvre sur le sujet.

Un critique inspiré écrivit dans L’Illustration : « le grand oiseau de chrome inondé de lumière et projetant sur le duvet moutonnant des cumulus une ombre pâle, à peine plus dense que celle qui court à la surface d’une eau calme, au-devant de la libellule ».

-> Le seul oiseau qui vole au-dessus des nuages, sur Wikimedia Commons

Wikipédia avant/après

Du coup, ça donne un peu de couleur aujourd’hui à Wikipédia !

N’hésitez pas à ajouter d’autres œuvres pour enrichir l’article Devambez. Que ce soit parce que vous les avez glanées sur le Web, photographiées dans un musée, ou parce que le même musée aurait décidé, comme par exemple le Muséum de Toulouse, de jouer le jeu de la libre mise à disposition de son fonds.

Voir en ligne : Le site du 1er festival du domaine public

Notes

[1Avoir réalisé en 1932 un portrait officiel du Maréchal Pétain ne l’a pas forcément aidé pour sa postérité.

[2Merci à Manon et Lucie, étudiantes à l’ESAT, ainsi qu’à leur professeur Nicolas de Palmaert pour le résultat !

[3L’article Wikipédia d’André Devambez est à l’état d’ébauche du reste, des volontaires ?

@RomaineLubrique

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