L’Art du Détail, un joli compte Twitter #WikimediaCommons

, par aKa

Présentation de notre nouveau compte Twitter @SquareCropInArt qui vous propose de découvrir ou redécouvrir un tableau par le trou de la serrure de l’un de ses détails tout en témoignant de la présence croissante de fines reproductions numériques du domaine public dans Wikimedia Commons.

De quoi s’agit-il exactement ?

C’est simple voire minimaliste : chaque tweet propose invariablement un détail au format carré d’une reproduction d’un tableau de la médiathèque libre Wikimedia Commons. Il y a dans l’ordre : mention du titre, de l’année, de l’auteur, du compte Twitter du musée qui héberge l’œuvre, du hasgtag #ArtDetail et un lien direct vers le fichier original, entier et haute définition sur Commons.

Notre intention première est de se faire plaisir, de se promener en mode sérendipité dans ce musée imaginaire que constitue Wikimedia Commons pour les reproductions d’œuvres, d’y découvrir un tableau intéressant qui se prête au recadrage et de vouloir le partager.

En voici un premier exemple avec le célèbre Jardin des délices de Jérôme Bosch qui se trouve au musée du Prado à Madrid.

Saurez-vous retrouver cet étrange postérieur musical [1] dans l’imposante œuvre intégrale ?

Un faible degré d’originalité ?

A priori rien de bien innovant oui. Derrière les lolcats la reproduction de tableaux est peut-être ce qui se diffuse le plus sur les réseaux sociaux mais on ne renvoie pas forcément vers une source et il arrive qu’on ne respecte pas le droit d’auteur à commencer par créditer l’œuvre.

Ici on fournit les principales informations (dans la limite des 140 caractères), on est dans la légalité puisque les artistes sont tous dans le domaine public, mais surtout on donne lien et accès vers une reproduction en haute définition de l’œuvre. C’est ce qui permet d’en obtenir un détail de grande qualité, d’apprécier ensuite pleinement à l’écran l’œuvre numérisée dans sa globalité et de pouvoir à son tour, si on le souhaite, la diffuser ou la remixer. Et puis on a le souci esthétique du détail bien choisi donnant envie de cliquer pour plonger dans le tableau.

Extraire cet émouvant détail...

...n’aurait ainsi pas été possible sans l’existence d’une reproduction de grande qualité (200 Mo) de La Descente de Croix de Rogier van der Weyden.

C’est la présence accessible de ces fichiers en haut définition sur Wikimedia Commons qui donne, espérons-le, singularité et utilité à @SquareCropInArt.

Elle autorise le recadrage serré d’un tableau sans (trop) perdre en qualité. Elle donne envie de se perdre dans le tableau et de visiter un jour le musée qui l’héberge. Elle permet à tout un chacun de réutiliser l’œuvre dans de bonnes conditions, qu’il s’agisse juste de la diffuser ou carrément de la transformer, comme par exemple Ascent / Descent d’Alex Gross pour rester sur l’exemple précédent (qui a changé tous les personnages sauf celui en bas à gauche).

Promouvoir et défendre le domaine public ?

Tout ceci est permis grâce au domaine public. C’est parce que les auteurs sont dans le domaine public qu’on peut y déposer des reproductions de leurs œuvres sur Wikimedia Commons (et que des artistes comme Alex Gross peuvent ensuite s’en emparer pour les remixer). @SquareCropInArt témoigne de la quantité mais surtout de la qualité croissante des reproductions de peintures du domaine public sur Commons. Ce projet de la galaxie Wikimedia est moins connu que l’encyclopédie mais il mérite vraiment le détour et le soutien.

Il reste cependant beaucoup à faire. Grande est en effet notre frustration de ne pas y trouver telle ou telle œuvre (qu’elle soit absente ou en trop basse définition). Et pour cela la coopération des musées est indispensable.

Cela commence par l’autorisation de photographier permettant ainsi à des wikimédiens chasseurs d’images d’enrichir Commons avec leurs propres clichés (voir à ce sujet l’épisode musée d’Orsay et l’action menée dans la foulée). Les progrès de la technique permettent en effet aujourd’hui d’obtenir des reproductions de bonne qualité sans pied ou flash voire même avec un simple smartphone.

Mais si on veut de la très haute définition avec toutes les possibilités nouvelles que cela offre, comme par exemple La Naissance de Vénus de Botticelli disponible en 200 Mo, c’est non plus vers les visiteurs mais directement vers les musées qu’il faut se tourner. Ces derniers ne doivent pas ou plus avoir peur et mettre l’ouverture et la diffusion sans restriction de leurs images au cœur de leur politique en considérant que cela fait partie intégrante de leurs missions (quand bien même la numérisation haute définition ait un coût).
Une diffusion sans restriction lorsque les œuvres appartiennent au domaine public cela signifie par exemple ne pas uniquement mettre à disposition des petites vignettes illisibles, ne pas proposer uniquement de la haute définition encapsulée dans le Google Art Project [2], ne pas se garder l’usage commercial des fichiers ou ne pas ajouter le droit d’auteur du photographe ou de l’institution qui numérise alors qu’on ne fait que reproduire fidèlement une œuvre du domaine public. Cela permettrait en outre de contrôler la qualité des images en évitant le syndrome de la laitière jaune.
Le Rijksmuseum a ouvert la voie (sans oublier de renseigner toutes les métadonnées comme par exemple avec la La Ronde de nuit) mais d’autres musées lui emboîtent le pas, comme on peut le constater sur le site GLAM-WIKI qui est justement là, avec Wikimédia France, pour accueillir les institutions patrimoniales qui souhaiteraient coopérer avec les projets Wikimedias.

Ce nouveau petit compte est ausi une modeste invitation lancée aux musées et autres institutions publiques hébergeant des œuvres du domaine public à numériser finement leurs collection (en gardant présent à l’esprit que toute œuvre numérisée du domaine public doit rester dans le domaine public [3]).

Une chose est sûre. Depuis que nous nous promenons sur Commons à la recherche de reproductions à détailler pour @SquareCropInArt, depuis que nous (re)visitons ces toiles de Maîtres en haute définition, nous n’avons qu’une envie : celle de pouvoir un jour visiter les musées qui hébergent les œuvres pour éprouver l’émotion de nous retrouver devant les originaux.

Regarder une toile par le trou de la serrure ?

Aborder le tout par l’une des ses parties nous semble une manière intéressante de découvrir ou redécouvrir un tableau. C’est d’ailleurs devenu un grand classique des expositions temporaires que d’y proposer sur l’affiche officielle un détail d’un tableau présenté.

Lorsqu’un touriste est en visite à Paris et n’a qu’une demi-journée pour parcourir le Louvre, il n’a matériellement pas le temps de tout voir et retenir. Il va souvent privilégier quelques tableaux en se concentrant sur leurs lignes de forces. Mais pour l’artiste tout n’est finalement que pigments de couleur sur une toile et de ce point de vue là toutes les parties se valent. Ces « détails » ont également leur raison d’être puisqu’ils ont été placés là à dessein par l’artiste.

Pourquoi cet objet ici ou cette expression sur ce visage ? Qu’y a-t-il autour ? Le personnage qu’on me présente est-il principal ou secondaire ? Il y a aussi quelque chose qui est de l’ordre d’un jeu à deux étapes. On impose certes un accès pour atteindre à l’œuvre mais c’est une porte d’entrée censée donner envie de cliquer pour voir la toile dans sa globalité. La reproduction originale sur Wikimedia Commons étant systématiquement en haute résolution, cela produit son petit effet lorsque le détail est bien choisi.

Certaines découpes sont assez grossières mais d’autres forment un véritable nouveau petit tableau en soi qui pourrait presque se suffire à lui-même. Pour nous qui sommes attachés au potentiel transformatif du domaine public, ces détails peuvent aussi être vue comme des remix élémentaires de l’œuvre. Nous modifions l’œuvre en la recadrant. Heureusement qu’on a perdu trace des ayants droit de tous ces artistes car sinon on pourrait nous attaquer au nom du droit moral pour atteinte à l’intégrité de l’œuvre !

Y a-t-il des peintres qui se prêtent plus au jeu du détail que d’autres ?

A priori non, d’autant qu’on s’intéresse plus ici aux œuvres qu’à leurs auteurs.
Il est vrai cependant que l’art abstrait et même les impressionnistes rendent assez difficile la recherche d’un détail pertinent ou signifiant tandis que les primitifs flamands sont une source presque inépuisable de recadrage. Nous pourrions faire une bonne centaine de tweets tous distincts rien qu’avec Les Proverbes flamands de Pieter Brueghel l’Ancien et Le Jardin des délices de Jérôme Bosch.
Avouons également humblement notre penchant coupable pour l’art pompier (Jean-Léon Gérôme, William Bouguereau...).

Et la diversité ?

Il est vrai que l’art pictural est prédominant dans le monde occidental mais on tente de varier les plaisirs en évitant qu’il y ait trop de peintres hommes peignant des femmes blanches et nues !
On trouve ainsi des œuvres venues d’Orient et des tableaux de femmes peintres (Berthe Morisot, Mary Cassatt, Élisabeth Vigée Le Brun, Rosalba Carriera, Artemisia Gentileschi...). On essaie également de mélanger les époques, genres, musées, artistes et tableaux connus et d’autres moins connus.

Contraints de vous arrêter aux portes de la modernité ?

Un peu oui, domaine public oblige nous nous bornons aux peintres morts avant 1945. Mais Munch, Kandinsky, Mondrian... certains derniers entrés font partie de la rupture et des avant-gardes et cela ira croissant dans les prochaines années ;)

On peut participer ?

Of course ! Vous pouvez partager vos propres détails avec le hashtag #ArtDetail. Vous pouvez également nous signaler directement par mail de nouvelles reproductions HD repérées sur Commons, a fortiori si vous êtes une institution patrimoniale qui les avez vous-même numériseés.

Voir en ligne : Suivre L’art du Détail sur Twitter

Notes

[1Internet étant extraordinaire, une vidéo YouTube jouant la partition !

[2On retrouve du reste sur Commons des reproductions effectuées par Google pour la première version de Google Art Project. Des contributeurs les ont aspiré et se sont autorisés à les déposer sur Commons en considérant que les reproductions d’œuvres du domaine public restaient dans le domaine public quand bien même la numérisation ait été effectuée par Google en partenariat avec les musées. Cela n’est techniquement plus possible avec la nouvelle version.

[3Sinon c’est du copyfraud !

@RomaineLubrique

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