Portrait Gallicanaute #1 Blouzouga Memphis Un cochon qui aime la confiture Gallica

, par Jérôme

Comme annoncé dans notre article de présentation générale sur les Gallicanautes, voici le premier portrait entretien de ces étranges abeilles qui font leur miel de la ruche Gallica.

Il s’agit d’un dénommé Blouzouga Memphis qui n’a pas son pareil pour nous dénicher d’étonnantes et insolites trouvailles et nous les présenter avec la même malice que celle qui transparait dans l’interview ci-dessous.

Entretien avec Blouzouga Memphis

Bonjour, une petite présentation personnelle ?

Bonjour Jérôme, bonjour Dolmen Pudique (Bim ! La provoc’ dès le départ).

J’aimerais tout d’abord vous remercier de me donner l’occasion de répondre à la première et sans doute dernière interview de ma vie. Ma maman et mon papa vont être si fiers de leur petit. Or donc, vous me demandez de me présenter personnellement et, écrivant ces lignes, je dois bien vous avouer mon indécision quant au fait de dévoiler ou non mon identité secrète. Parce que mine de rien, une identité secrète ne reste secrète que jusqu’au moment où on la révèle. Alors, me demander une présentation personnelle...

Je ne pense pas vous l’apprendre, donc, mais « Blouzouga Memphis » est un pseudonyme. En tout cas il me semble déjà l’avoir laissé entendre ici ou là. Je... Je... Allez hop, mon petit Blouzouga de quoi as-tu peur ? Du cran, voyons ! Eh bien voilà, en fait, je m’appelle... Jean-Noël Jeanneney ! Noooon je plaisante, je m’appelle Luc Lefebvre, j’ai 38 ans, et je travaille en bibliothèque.

Comment as-tu découvert Gallica ? L’utilises-tu souvent ? Dans quel cadre : professionnel, amateur, autre ?

Oh il s’agit là d’une histoire sans grand intérêt, je le crains, puisque ayant obtenu le concours de magasinier des bibliothèques j’ai travaillé trois ans au service de la numérisation de la BnF comme contrôleur qualité des documents numériques mis en ligne sur Gallica...

Oui et bah voilà, je savais que j’aurais dû rester le mystérieux gallicanaute masqué. Je les entends déjà : « D’aaaaacord, okayyy ! Pour lui c’est facile aussi, il a travaillé dedans » ; Ou bien encore : « Ah oui, l’autre escroc, là ? Il nous a tellement déçu ! ». J’ai donc utilisé Gallica quotidiennement pendant trois ans. Et je dois bien confesser qu’avant mon premier jour de travail comme contrôleur, ce n’était pour moi uniquement qu’un sujet potentiel de question pour un concours des bibliothèques. J’ai honte. Que j’ai honte. Oh oui, j’ai honte.

À ma décharge, il faut bien dire que les gens de la BnF ne me connaissaient pas bien non plus, quand ils m’ont assigné à ce travail, malgré mon incompétence crasse en matière de numérisation (« oui ça va je sais compter quand même ! »), d’XML (« C’est qui Higgs ? »), de méta-données (« Ah oui, le super-héros, je connais ») ou d’OCR (« Océ quoi ? »).

Ai-je aujourd’hui plus de compétences sur ces sujets ? Disons que j’ai fait illusion pendant trois ans auprès de professionnels, alors j’imagine pouvoir enfumer n’importe quel quidam en utilisant des mots anglais compliqués.

Ce travail, qui consiste tout bonnement à regarder intensément des documents numérisés de la BnF, avant ou après mise en ligne sur Gallica, m’a surtout permis de collecter de très nombreuses bêtises au grès des contrôles.

Je ne travaille plus désormais à la BnF, mais je retourne régulièrement sur Gallica pour rechercher de nouvelles bêtises pour nourrir mon blog affamé.

Qu’est-ce que tu apprécies sur Gallica ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

Je me rappelle m’être abimé mes pauvres petits yeux d’étudiant à dépouiller l’Ouest-Éclair sur microfilm, pour mon mémoire de maîtrise. Aujourd’hui, avec Gallica, je pourrais faire la même chose de chez moi, en pyjama en pilou . Ce qui représente tout de même un progrès extraordinaire pour la recherche en pilou.

Je ne vais pas être très original, mais ce qui me stupéfie à chaque fois avec Gallica, c’est la masse extraordinaire et la diversité des documents mis à disposition. Je ne vois rien à améliorer sur Gallica. Tel qu’il est, il me plaît (roaaaar).

Au delà du contenu même de Gallica suis-tu le travail de l’équipe d’animation sur le blog et les réseaux sociaux ?

Je suis effectivement le travail de l’équipe d’animation de Gallica sur les réseaux sociaux. Ils sont assez gentils pour relayer mes notes de blog sur Twitter et pour m’avoir demandé un album de l’invité pour leur page Facebook. Ceci dit, je leur en ai proposé un deuxième il y a quelques mois, et je n’ai toujours pas eu de réponses... (Urk urk urk ! En en parlant ici, je viens peut-être de trouver un moyen de pression pour le faire passer. Urk urk urk ! Comme je suis diabolique !)

Alors moi, je les aime bien ces gars et filles de chez @GallicaBnF. Ils font vraiment du chouette boulot de défrichage des collections, tout en n’étant pas pédants (alors qu’ils pourraient très certainement se le permettre avec leurs lunettes de premiers de la classe qu’ils ont certainement) et en plus ils sont marrants comme tout.

Connais-tu l’expression « Gallicanaute » ? Qu’est-ce qu’elle recouvre pour toi ? Aimes-tu l’idée d’en faire partie ? Ton blog est exclusivement consacré à Gallica : peux-tu expliquer une telle passion, et le besoin de la partager sur internet ?

Aaaah les Gallicanautes ! Le mot est un peu concon, mais ce n’est pas pour me rebuter, je ne suis pas contre le concon.

Pour tout vous dire, je connaissais le terme quand je travaillais à la BnF mais j’ai toujours cru que cela concernait TOUS les utilisateurs de Gallica. C’est pourquoi je milite plutôt pour le terme de Bloguicanaunaute qui évite tout malentendu et qui, surtout, est encore plus ridicule à prononcer.

Pour répondre à toutes ces questions sur mon blog, Gallica et les Gallicanautes, je me sens un peu obligé de faire un court historique de la création de ce blog. J’ai d’abord commencé à créer, pour mes amis, un album sur Facebook regroupant mes plus belles trouvailles de contrôleur qualité. Je l’avais intitulé « Galliconneries ».

Un ami me dit alors que ce serait rigolo d’en faire un blog. Je m’y mis donc. Ce qui me fit bien plaisir, parce que j’attendais sans doute une idée comme celle là depuis longtemps pour écrire des bêtises. Ce n’est donc, au départ, qu’un prétexte au débordement de mon envie créatrice, relayée par une forte fièvre qui dans le même temps me clouait au lit.

Ennuis + fièvre + envie d’écrire des bêtises + images idiotes extraites de Gallica = Blouzouga Memphis et la Patate sacrée du Machu-Pichu.

Mon idée était donc d’utiliser les images que j’avais pour en faire des notes. Et pourquoi exclusivement Gallica ? Eh bien parce que c’était le matériau que j’avais, tout simplement.

Pour répondre à la question de savoir si j’aime l’idée de faire partie des Gallicanautes, je dirais, qu’en tout cas, je l’ai bien cherché. Parmi les gallicanautes, ça me fait plutôt rire d’être celui qui se moque des vieilles pubs au lieu de montrer les belles estampes. Dans ma première note de présentation du blog je parlais de Gallica entre les mains de types comme moi, comme : « donner la confiture aux cochons ». J’aime toujours bien cette idée.

Comment t’est venue l’idée d’appeler ton blog « Blouzouga Memphis et la patate sacrée du Machu-Pichu », et peux-tu nous en expliquer aussi les trois rubriques (aux noms pour le moins insolites également) ?

Heuuuuu ? Beeeeeeen ? (Le con le con le con, je le savais bien que c’était une connerie, ce nom de blog !) Je ne sais pas trop en fait.

Je pense que « La patate sacrée du Machu-Pichu » est sans doute un hommage inconscient (c’est l’autre façon de dire que j’ai éhonteusement pompé une idée) aux Carottes de Patagonie de Lewis Trondheim. Bien évidemment Indiana Jones pour le « Memphis ». Il reste « Blouzouga »… Et là je ne sais pas du tout ce qui m’est passé par la tête. Sans doute l’idée de trouver un nom original qui claque bien.

La rubrique « Calendrier qui fait les muscles et la pose » va sans doute changer de nom pour quelque chose comme « Môssieurs & Médèmes ». Elle regroupe les notes dénudées de la Patate. L’idée est venue de l’équipe de @GallicaBnF conjointement à une autre gallicanaute, Peccadille, de faire un calendrier de messieurs et dames nu(e)s dans Gallica. L’idée m’a plu également, et j’ai fait mon propre calendrier 2013. Il s’agissait de « Môssieurs » musclés, à moustache, souvent avec des gros bidoufs, pour la plupart issus de la revue La Culture physique, et de « Médèmes » nues dans la revue L’Étude académique dans les poses les plus farfelues qu’ont voulu leur faire prendre les photographes.

J’alimente régulièrement cette rubrique alternativement de Môssieurs et Médèmes, afin de ne pas perdre mes nombreux lecteurs libidineux.

La rubrique « Patateries » était au départ un défis pour moi de faire des notes courtes avec une image ou deux, mais sans trop de commentaires autours... J’aime mieux vous dire que c’est pas gagné.

La rubrique « MacaÂabreries » regroupe, quant à elle, les notes présentant des images de faits-divers tellement atroces et délirantes, dans la mise en scène faite par les journaux et revues, qu’elles en deviennent totalement absurdes.

Je compte m’attaquer très bientôt à une rubrique « Sioupeuw Hiwozes », mais j’en ai sans doute déjà trop dit.

Tu as le don de trouver des choses cocasses sur Gallica (ex : une pub de 1892 pour « l’élixir Virenque ») ; sans forcément révéler tous tes secrets, tu as une méthode particulière ?

Il n’y a rien de bien compliqué : je choisis des titres de périodiques qui m’ont l’air prometteurs et plutôt illustrés. Puis, je regarde systématiquement tous les numéros en partant du premier. Quand je vois que je ne trouve pas grand chose, je prends les années à rebours. Si rien ne sort, je laisse tomber.

Pour les titres qui marchent bien, je continue la recherche systématique... Ça demande un peu d’organisation et de patience et au pire il y aura toujours le Petit journal illustré pour alimenter mes notes.

Peux-tu nous parler du jeu 2048 personnalisé Gallica qui circule notamment sur Twitter ? Tu en as fait aussi ta propre version, le « Môssieurs ».

Ah sur ce coup là ils m’ont bien devancé ces saligauds de chez @GallicaBnF. Il s’agit de la possibilité de faire un jeu comme le fameux 2048, en remplaçant les chiffres par des images. @GallicaBnF a fait le sien qui est pas mal. Mais le mien est beaucoup mieux, parce qu’il compte la fine fleur de la culture physique à moustaches.

Avec ce site pour créer son propre 2048, j’ai pu passer pour un programmeur professionnel auprès ma fille de trois ans, mais je sens qu’elle commence à avoir des doutes.

Gallica peut mettre à disposition son contenu numérisé car les œuvres appartiennent au domaine public. Est-ce que la question du domaine public en particulier et du droit d’auteur en général t’intéresse ?

Et là si je réponds « non j’m’en tape » ?

Et non, je ne m’en tape pas, en plus. Je travaille en bibliothèque où le droit d’auteur est une question cruciale . Du moins en a-t-on beaucoup parlé concernant le droit de prêt et la gratuité des bibliothèques dans les années 1990-2000. Depuis lors, les accords ont l’air de fonctionner.

Je ne dirais pas que je pense « Domaine public » tous les jours, mais évidemment ces questions m’intéressent beaucoup, à la fois comme professionnel et comme citoyen.

Est-ce que 70 ans après la mort de l’auteur, ce n’est pas un peu long pour entrer dans le domaine public à l’ère du numérique ? En conséquence de quoi on s’arrête aux portes de la Deuxième Guerre mondiale sur Gallica.

En effet, cette période est un peu longue.

Le piège de parler « d’ère numérique », dans ce cas là, serait de réduire la question à une forme de caprice générationnel : l’envie que ça aille plus vite parce qu’on est habitué à ça. Disons que, jusque là, le besoin d’accès à des documents plus récents ne se faisait pas ressentir, puisque, de toute façon, seule une élite de chercheurs pouvait le faire. Maintenant que les outils permettent cet accès facilité à tous, de chez soi, la frustration est en effet fort grande.

Personnellement, vu ma technique de recherche de bêtises sur Gallica, heureusement que je n’ai pas accès à des choses plus récentes. Je crois que je ne saurais jamais par où commencer et je pourrais en mourir d’étourdissement.

Gallica se réserve l’exploitation commerciale de son contenu pourtant dans le domaine public. La numérisation a un coût mais cela te semble-t-il normal pour une institution publique ?

Effectivement je suis très gêné par ces accords avec ces entreprises privées qui vont s’arroger pendant un temps (10 ans !!) l’exclusivité d’une partie du domaine public, et donc le faire payer aux usagers. C’est à mon sens un pas de trop vers la privatisation du domaine public, justement. Et je ne suis pas sûr sûr que l’exemple de la gestion des autoroutes soit le meilleur pour ce qui concerne le domaine public culturel (GROSSE litote).

Soyons un peu provocateur. Tu t’intéresses à la culture du passé, tu es passéiste ?

Eh bien vous en êtes un autre mon cher Jérôme, et je vous propose que l’on règle ça à la masse d’arme. Je vous envoie mes témoins dès demain.

En fait, je ne m’intéresse pas du tout à la culture du passé, je veux juste me moquer de gens qui sont morts depuis longtemps comme ça ils ne viendront pas me casser les dents ou me faire un procès. (Vous ne connaissiez pas mon essai Blouzouga Memphis ou l’art du botter en touche quand on a peur de dire des banalités ?)

Connais-tu d’autres Gallicanautes qui mériteraient d’être interviewés par Romaine Lubrique ?

Je crois savoir que vous allez également interviewer notre idole à tous, nous autres petits gallicanautes : Peccadille du blog Orion en aéroplane. Ses billets sont toujours extrêmement intéressants et documentés, bien écrits et en plus elle a l’air sympa... Enfin, là je m’avance, si ça se trouve elle va mal vous recevoir.

J’aime beaucoup également, dans un autre style, le blog Raconte-moi l’Histoire dont le sous-titre « Vulgarisée et souvent vulgaire » résume parfaitement bien l’objectif de l’auteure qui est vraiment très très drôle.

Je vous encourage aussi à aller voir ce que fait Patrick Peccatte sur Déjà-vu, son blog/Carnet de recherche visuel. Son billet sur la Noirceur du petit ramoneur est superbe de bout en bout. Et j’imagine qu’il vous donnera des réponses autrement plus intéressantes et intelligentes que les miennes.

Voir en ligne : Blouzouga Memphis & la patate sacrée du Machu-Pichu

@GallicaBnF

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