Action politique de la vitrine vide dans les musées britanniques Le triste destin des œuvres orphelines

, par aKa

Shocking ! On trouve d’étranges vitrines vides actuellement lorsque l’on se promène dan !s les allées du Musée Impérial de la Guerre à Londres ou de la Bibliothèque nationale d’Écosse à Édimbourg.

Enfin pas tout à fait vides...

Parce qu’en s’approchant de plus près, on peut y voir une page blanche et un écriteau expliquant qu’il y aurait pu y avoir ici une lettre originale d’un soldat de la Première Guerre mondiale mais que ce ne sera pas le cas à cause d’un copyright britannique trop restrictif.

Et il y a de quoi protester. En effet, au Royaume-Uni, une loi stipule que les œuvres orphelines sont protégées jusqu’en... 2039 et ce... quelle que soit leur date de création !

Pour rappel, une œuvre orpheline est une œuvre dont les ayants droit sont impossibles ou difficiles à identifier ou à joindre. Ce statut fragile empêche leur étude et communication après la mort de l’auteur. Nombreux sont ceux qui souhaitent une modification de la loi pour anticiper leur entrée dans le domaine public [1].

Dans le cas qui nous préoccupe ici, les oeuvres orphelines sont des lettres [2] ou des journaux intimes de soldats de la Première Guerre mondiale qui n’ont jamais été publiées mais que l’on aimerait pouvoir cependant montrer au public lors des célébrations du centenaire..

Menée par le Chartered Institute of Library and Information Professionals (CILIP), cette campagne, dont nous vous proposons la traduction de l’appel ci-dessous, demande à ce qu’on en revienne à 70 ans après la mort de l’auteur.

Libérons notre histoire − Réformons le copyright

Novembre 2014 - CILIP
Campaign to free our history - reform copyright
(Traduction : Diab, Yaf, champer)

Pour le centenaire de la Première Guerre mondiale, un groupe de musées, bibliothèques et de diverses organisations culturelles a lancé une campagne pour permettre un meilleur accès aux documents historiques en réformant le copyright existant.

Les vitrines d’exposition du Musée Impérial de la Guerre, de la Bibliothèque Nationale d’Écosse et de l’Université de Leeds sont vides. Elles auraient dû contenir des lettres d’une jeune fille à son père soldat durant la Première Guerre mondiale et celles d’autres soldats à leurs familles. À cause de l’actuelle loi britannique sur le copyright, ces lettres originales ne peuvent pas être exposées.

En l’état actuel, la durée de protection des œuvres non publiées court jusqu’en 2039, indépendamment de la date de création de l’œuvre. La campagne « Libérons notre histoire » veut réduire cette durée de protection à la vie de l’auteur plus 70 ans.

Diane Lees, directrice générale du Musée Impérial de la Guerre, déclare :

« Durant les commémorations du centenaire de la Première Guerre mondiale, plusieurs organisations ont voulu rendre accessibles au public des journaux intimes originaux et des courriers non publiés. Mais parce qu’ils sont encore sous la protection d’un copyright, ils n’ont pas pu le faire sans demander la permission aux ayants droit. Ce qui est un problème quand ces derniers ont disparu.
Nous demandons à tous ceux qui se sentent concernés par notre Histoire, tous ceux qui veulent raconter notre Histoire commune sans restriction de rejoindre notre campagne. »

Jusqu’à 50% des archives du Royaume-Uni sont des « œuvres orphelines ». C’est à dire que les ayants droit ne peuvent pas être identifiés ni/ou tracés. Le Musée Impérial de la Guerre possède environ 1,75 millions de documents estimés être des œuvres orphelines, soit approximativement 20 à 25% des 7,9 millions de documents de sa collection.

La campagne appelle le gouvernement du Royaume-Uni à réduire la durée de protection du copyright pour ces œuvres non publiées de la fin de l’année 2039 à la durée de vie de l’auteur plus 70 ans, conformément aux dispositions de l’Enterprise Regulatory Reform Act (ERRA) 2013.

Les signataires de cette campagne comptent la Bibliothèque Nationale d’Écosse, les Musées Impériaux de Guerre, L’université de Leeds et l’Institut de Certification des Professionnels de Bibliothèque et de l’Information.

Les signataires nous demandent de signer la pétition et d’utiliser le hashtag #catch2039 sur Twitter pour diffuser l’information. Plus de détails à propos de cette campagne.

Voir en ligne : Campaign to free our history - reform copyright

P.-S.

Illustrations : Free Our History - Reform Copyright - CILIP - Licence : Creative Commons By-NC-ND (source : Flickr)

Notes

[1On notera que cette question des œuvres orphelines est également actuellement en plein débat en France.

[2Sur le même sujet des documents de la Première Guerre mondiale, on pourra lire sur notre site le projet (plus heureux car publié) de l’artiste Aranthell Lettres d’un combattant.

@RomaineLubrique

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