Un Ciné-Mix avec French Cowboy & the One feat. Rubin Steiner Quand la musique électro part à la reconquête du cinéma muet

, par Véro

Un ensemble de films, de formats divers, d’époques différentes, tenu par une forte unité thématique, celle de la conquête en Amérique, toute forme confondue.
Un DJ musicien compositeur mixeur Rubin Steiner invitant le duo French Cowboy & The One, dans le très bel Auditorium du Louvre, pour accompagner ces images de rock-électro. Musique moderne et films en noir et blanc : de quoi éveiller notre intérêt.

Et comme en plus, parmi les films mis en musique, certains relevaient du domaine public, la Romaine Lubrique ne pouvait que s’y rendre.

Conquêtes en tout genre

La sélection comprenait un ensemble hétéroclite de films. La soirée s’est ouverte avec un étonnant film de propagande, présentant l’attaque de Pearl Harbor, mais côté japonais. La suite alternait fictions et reportages des Journaux d’actualités (produits par Pathé ou Gaumont), tout en déclinant le thème de la conquête en Amérique : celle des éléments, celle de l’espace, celle des territoires, celle de l’argent...

Les reportages, rarement diffusés, datant tous des années 60, montrent à quel point la fascination pour les prouesses humaines, qu’elles soient technologiques ou sportives, reste intacte. À quel point le septième art, dès ses origines, a creusé son sillon dans la contemplation de l’homme dépassant ses propres limites, dans la mise en scène de la modernité. Comme ces plans incroyables de surfers glissant sur des vagues immenses dans « Surfing » de 1964, ou encore ces images d’hommes flottant en apesanteur dans « La lune. Mission accomplie. » de 1969.

Quant aux deux films de fiction : youpi, ils sont dans le domaine public, et disponibles sur Internet.

The Great Train Robbery

The Great Train Robbery, d’Edwin S. Porter et datant de 1907.
Certainement le premier western du cinéma, et tout y est déjà : les bandits, le braquage, la fuite sur un train en marche, la poursuite à cheval et la fusillade. C’est pour l’époque une grosse production, avec ses quarante acteurs, et les prouesses techniques foisonnent.
Le film a d’ailleurs remporté un grand succès populaire à sa sortie, effrayant les spectateurs saisis par le réalisme de son dernier plan : un cow-boy tirant un coup de pistolet vers la caméra.

>> À télécharger sur Archive.org

Malec chez les Indiens

Malec chez les Indiens (The Paleface), du grand, du merveilleux Buster Keaton et d’Eddie Cline, film de 1921.
Un innocent chasseur de papillons est impliqué malgré lui dans une querelle entre de puissants pétroliers (déjà !) et une tribu indienne.
Le petit homme au canotier qui ne sourit jamais fait vraiment rire. Fascinante rigueur comique, force narrative inaltérable, gags et effets spéciaux tout en grâce et subtilité. Une merveille.

>> À télécharger sur Archive.org

La soirée se terminait en beauté, par un film de Ken Jacobs de 1997, The Georgetown Loop. Un montage symétrique kaléidoscopique d’un film de 1905, tourné par la fenêtre d’un train traversant les montagnes rocheuses du Colorado. Le voyage devient l’apparition de formes oniriques sans cesse nouvelles. Très beau travail de « remix » en écho à la musique accompagnant la projection.

Cinéma muet et rock-électro : la création remix

Pour accompagner en musique la Conquête de l’Ouest, quoi de mieux que des Cow-boys ? C’est le choix judicieux de Rubin Steiner qui a carte blanche en tant que programmateur musical à l’Auditorium du Louvre jusqu’en juin 2014. Il a invité ce soir-là le duo French Cowboy & The One, pour jouer avec lui. Sur scène, deux tables de mixage, des pédales de loop, des micros, un clavier, deux guitares, un batterie ; c’est parti.

Avec le premier film, on plonge dans une ambiance sonore - des sons électroniques continus, tandis qu’un narrateur en off nous raconte comment sa famille a décidé de partir en Amérique.

La présence musicale prend toute sa dimension juste après, lors de la projection de The Great Train Robbery. La guitare s’impose davantage, quelques lignes mélodiques apparaissent.... Jusqu’à l’explosion des tensions dramatiques dans les moments forts du film, avec une batterie résolument rock, qui ravive étonnamment des images de 1907. Ça marche, et ça marche vraiment bien. Aussi fort que du Tarantino.

La suite de la mise en musique est dans cette même veine : pas d’« illustration sonore », pas de ponctuation soulignée de chaque élément des films, pas d’asservissement excessif de la musique à l’image - ce qui est fait habituellement, et qui souligne encore davantage l’absence de bande-son. Il s’agit bien au contraire d’un échange entre deux univers, l’un iconographique l’autre musical. Un dialogue créatif et proprement expérimental.

Si l’on doit encore prouver ici toutes les vertus fécondes du « remix » (ce que permettent toutes les œuvres du domaine public), on en trouve ici un excellent exemple.

Une très belle soirée, une vraie réussite. D’autant que le tout s’est terminé dans les loges avec un chaleureux apéritif au champagne auquel Rubin Steiner a convié... toute la salle !

Voir en ligne : Présentation officielle de l’événement sur le site du Louvre

@RomaineLubrique

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