Et Gallica enfanta des Gallicanautes grâce au domaine public Gallica et moi, Gallica et nous

, par aKa, Jérôme, Véro

Mettez à disposition, en quantité et en qualité, du contenu du domaine public dans de bonnes conditions techniques et humaines, et vous obtenez des Gallicanautes. De quoi intéresser Romaine Lubrique, qui proposera sur son site des interviews de certains de ses spécimens et des articles sur l’actualité de la sphère Gallica.

Nouveaux voyageurs immobiles

Qu’est-ce donc qu’un « gallicanaute » ? Un spationaute galactique intersidéral ? Un navigateur des temps modernes ?

Il y a des mots qui résonnent comme des promesses, certains les tiennent, et c’est le cas ici . Un gallicanaute est effectivement un explorateur de l’espace et du temps, un aventurier qui embrasse un vaste univers pour y découvrir d’abord et nous offrir ensuite des trésors cachés. Mais point besoin ici de prendre son bagage et parcourir des kilomètres, il suffit de rester à sa fenêtre et d’observer le monde avec curiosité. Le « voyageur immobile » cher à Jean Giono n’est pas loin.

Bnf -> Gallica -> Gallicanaute

La Bibliothèque nationale de France (BnF) a pour mission de conserver, préserver et donner accès à son extraordinaire patrimoine culturel. Depuis 1997 elle numérise ses fonds et les diffuse à travers sa bibliothèque numérique : Gallica.

Donnons alors sans plus attendre une définition du gallicanaute :

Internaute utilisant Gallica et participant activement à la diffusion des documents de la bibliothèque numérique sur le Web (blogs, réseaux sociaux...)

C’est aussi simple que ça. Tout le monde peut devenir gallicanaute. Certains, tel Monsieur Jourdain, ignorent d’ailleurs en faire partie. Il aura cependant fallu réunir certaines conditions pour voir nos Gallicanautes sortir en nombre de la cuisse de Gallica.

Gallica a évolué, son public aussi

Gallica s’est bonifiée au fil du temps. De l’image brute à ses débuts au texte intégral au format ePub aujourd’hui, la numérisation est passée d’un mode artisanal à un mode industriel de production, permettant actuellement de numériser des centaines de milliers de documents par an. En moins de vingt ans plus de 2,5 millions de fichiers (livres, photos, manuscrits, estampes, cartes, partitions, enregistrements sonores, revues, journaux, etc.), de toutes les époques, ont été ainsi numérisés et mis en ligne sur Internet. L’ergonomie et l’interface d’accueil, de visualisation et de recherche ont suivi le même chemin.

Ces améliorations quantitatives et qualitatives ont évidemment eu une forte influence sur la croissance du trafic du site, agrandissant le premier cercle traditionnel d’utilisateurs que sont les chercheurs, les étudiants ou les éditeurs pour atteindre aujourd’hui le grand public.

Il convient également de rendre hommage à l’excellent travail de l’équipe qui anime depuis quelques années le blog, la lettre d’information et les très actifs comptes Twitter, Facebook et Pinterest de Gallica, sans oublier de mentionner l’existence d’une application dédiée pour smartphone (iPhone, Android).

En relation avec les spécialistes de chaque département de la BnF, cette équipe informe, regroupe, recoupe et met en valeur le fonds Gallica, avec pertinence et non sans malice. Dans l’autre sens, elle veille, échange et relaie bien volontiers les trouvailles des utilisateurs qui apprécient cette reconnaissance. Tag dédié sur le blog et hashtag spécifique sur Twitter participent ainsi grandement à la dissémination de l’expression. Le grand public s’intéresse à Gallica, et en retour Gallica met donc en lumière ce que ce dernier en fait. Mobilité, réseaux sociaux... plutôt rare pour une institution française, cette médiation est une véritable réussite en allant « là où le public se trouve ».

L’émergence récente des Gallicanautes est la conséquence directe de ces évolutions techniques et de ces nouvelles pratiques collaboratives.

Partager sa curiosité

Diverses et variées sont les motivations du grand public pour se rendre sur Gallica.

Il peut s’agir d’une recherche pour s’informer ou renouer avec une histoire et une mémoire. Il peut s’agir également de parfaire ses connaissances sur un sujet donné, ou d’illustrer son blog. Parmi les centres d’intérêt remarqués, nous trouvons ainsi la généalogie, les sciences occultes, la rétro-cuisine (néologisme autour de la passion pour les recettes d’antan), les dictionnaires, la Première Guerre mondiale, la couture, etc.

C’est le savoir du passé qui guide notre visiteur mais c’est tout autant sa curiosité. On trouve en effet dans Gallica de véritables pépites, des documents intéressants, passionnants, inédits, insolites dans tous les domaines et sous toutes les formes (livres, images, photos, enregistrements sonores, articles de presse...). Remplie d’îles au trésor, Gallica devient alors un vaste océan à explorer, permettant de se constituer son propre petit cabinet de curiosités.

Lorsqu’on trouve quelque chose après parfois de longues recherches, il arrive qu’on souhaite conserver cela pour soi. Ce n’est pas le cas de notre gallicanaute qui ira de suite prévenir Internet de sa découverte. En retour, il se nourrira des commentaires et échanges ainsi que des propres découvertes de ceux qui le suivent, créant ainsi un stimulant cercle vertueux.

C’est ce qui le caractérise et le distingue du simple utilisateur de Gallica.

Par exemple, le blogueur Blouzouga Memphis farfouille dans Gallica de quoi réjouir les internautes. Il a notamment inventé sur Twitter la très ludique opération #TrouveUnSosieDansGallica, où l’on s’amuse à dénicher ensemble le sosie passé de célébrités actuelles (résultat surprenant).

Sans domaine public, pas de Gallicanautes

Rappelons ici un fait essentiel : toute cette dynamique ne pourrait exister sans le domaine public. En effet, à quelques exceptions près, l’ensemble de ce que propose Gallica est dans le domaine public, expliquant d’ailleurs pourquoi on s’arrête généralement aux portes de la Deuxième Guerre mondiale (après c’est sous droit d’auteur).

C’est ce qui a permis à la BnF de numériser ses fonds pour les mettre à notre disposition (sinon elle aurait donc eu à faire avec les auteurs et leurs ayants droit). C’est ce qui permet au public de les consulter, copier et réutiliser gratuitement et librement tant qu’il n’en fait pas un usage commercial [1]. C’est ce qui permet aux plus passionnés d’entre eux, c’est-à-dire nos Gallicanautes, d’essaimer et nous faire partager leurs découvertes sur Internet en toute légalité.

Sans Gallicanautes, un domaine public moins vivant

Qu’ils en soient ou non conscients, les Gallicanautes valorisent Gallica et par ricochets le domaine public. Ils sont donc naturellement des amis de Romaine Lubrique. Et c’est pourquoi nous avons donc décidé d’inaugurer ici une modeste rubrique spécialement dédiée à Gallica et ses Gallicanautes au sein de notre site.

En complément de ce que publient et relaient les excellents médiateurs de Gallica, nous vous proposerons, entre autres, des portraits de gallicanautes, la mise en lumière de documents insolites et un œil attentif sur son actualité.

Et de vous inviter, pourquoi pas, à devenir vous aussi un gallicanaute, si ce n’est déjà fait.

Voir en ligne : Ça a débuté comme ça...

P.-S.

Illustrations : Affiche de Mai 68 (source : Gallica) - Aster (source : Dessin de Presse)

Notes

[1Nous faisons partie de ceux qui souhaitent que cette restriction soit levée, arguant que la numérisation du domaine public (sur fonds publics) doit rester dans le domaine public. Le président de la BnF, Bruno Racine, a récemment évoqué cela lors d’une audition au Sénat, expliquant que cela rapportait un demi million d’euros par an et que c’était un choix politique.

@GallicaBnF

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