La Dame du vendredi Citizen Kane version drôle !

, par Véro

La Dame du vendredi (His Girl Friday) est une comédie américaine de 1940 réalisée par Howard Hawks avec Cary Grant et Rosalind Russell dans les rôles principaux (1h30min). Entré dans le domaine public aux USA en 1967 pour défaut de renouvellement du copyright : gaudeamus !

C’est décidé : Hildy Johnson se range ! Cette jeune femme énergique interrompt sa brillante carrière de reporter pour épouser un petit agent d’assurance sans ambition. Elle vient l’annoncer à son ex patron et ex mari… qui ne l’entend pas de cette oreille ; il va tout faire pour qu’elle revienne sur sa décision, dans son journal, et dans ses bras.

La déesse aux cent bouches : éclatement de l’espace-temps

Cette comédie brillante et enlevée est d’abord le portrait cinématographique d’un monde, celui de la presse américaine dans les années 40. C’est une ruche bruyante que l’on découvre lorsqu’un travelling latéral suit Hildy (Rosalind Russell) se dirigeant vers le bureau de son ex mari William Burns (Cary Grant), au début du film.

La suite prendra un rythme endiablé, celui du reporter qui court après les trajectoires imprévisibles de l’actualité. Et Hawks parvient magistralement à exprimer cette effervescence permanente. Dès que le scoop apparaît, un montage serré de plans de reporters au téléphone montre la propagation immédiate de la nouvelle. Même les plans fixes se diffractent dans l’espace et le temps ; lorsque Hildy écrit son article dans la précipitation, elle parle en même temps à William Burns, qui lui-même parle au téléphone… Un même plan pour trois situations de communication simultanées !

On sait que Hawks, qui a d’abord réalisé des films muets, encourageait ses acteurs à parler très vite pour ne pas ralentir le rythme et produire un effet de réel ; la vitesse des échanges parlés atteint ici son paroxysme et participe au portrait d’une presse en perpétuelle ébullition.

Mises en scène et mises en abyme

La presse est d’abord présentée comme la manipulatrice des apparences. Avide d’articles à sensation, elle est une vaste machine à sur-créer de l’événement. Par exemple, lorsque Hildy va interviewer un condamné à mort, elle l’aide, par ses questions, à réinventer le récit de son meurtre.

De même, William Burns, directeur du journal, excelle en metteur en scène du réel ; pour ramener son ex femme dans ses filets, il crée à partir de l’actualité un véritable spectacle. En Monsieur Loyal amusé, il distribue les rôles, tire les ficelles, dirige les entrées et les sorties… Cette position surplombante trouve dans la haute stature et le flegme de Cary Grant sa parfaite incarnation.

Quant à Hildy, bien que lucide sur tous les dispositifs mis en place par son ex-mari, elle ne peut résister à la puissante séduction du spectacle qu’il lui offre. De même, le spectateur se laisse bien volontiers emporter par cette machine filmique élaborée par son auteur…

Screwball Comedy

Et pourtant, on connaît bien les ficelles du genre de la « screwball comedy » qui doit beaucoup au théâtre comique : de longs plans fixes fourmillent d’entrées et de sorties inopinées, et les personnages secondaires sont des caricatures hilarantes. Le film exploite un comique de situation bien connu où le spectateur en sait plus que les personnages. Mais on ne boude ni son plaisir ni son rire !

Et si le spectateur rit d’un condamné à mort sans envergure, d’un journaliste-poète rêvant d’écrire en vers, il subit la séduction d’un directeur de journal cynique préférant le petit scandale aux guerres et aux grands enjeux internationaux… Certes, rien de très moral ; mais qu’importe après tout, puisque dans le film la société toute entière, du pouvoir politique au pouvoir judiciaire, est aussi méprisable que la presse. Seul le démiurge William Burns sert une noble cause : la reconquête amoureuse.

En somme, plus de soixante ans plus tard… un film d’actualité !


Voir le film

En streaming ci-dessous via notre compte YouTube (version originale, sous-titrée en français).

En téléchargement sur Archive.org avec les sous-titres en français en pièce-jointe ci-dessous.

Nous vous suggérons fortement de lire le film après téléchargement avec le logiciel libre VLC (Menu : Vidéo > Piste de sous-titres > Ouvrir un fichier...)

Voir en ligne : La Dame du vendredi, sur Wikipédia

@RomaineLubrique

« Domaine Public »

Mots-clés