La Nuit des morts-vivants Zombies cultes !

, par Véro

La Nuit des morts-vivants (Night of the Living Dead) est un film de George A. Romero de 1968 (1h30min), le premier d’une longue série de films d’horreur déclinant le thème des morts vivants. Négligence du distributeur : la mention du copyright a été oubliée ! Conséquence heureuse : le film est vite passé dans le domaine public.

Barbara et son frère se rendent en Pennsylvanie pour fleurir la tombe de leur père ; mais dans le cimetière, ils croisent le chemin d’un zombie qui tente de les tuer. Barbara s’enfuit et trouve refuge dans une maison déserte… sans se douter qu’une horde de zombies affamés la poursuit.

Épure

Qui dit « film d’horreur » dit aujourd’hui abondance de moyens, effets spéciaux en rafale, musique tonitruante : tout pour faire sursauter le spectateur dans son fauteuil. Rien de tel ici, et c’est tant mieux.

Le jeune Romero fonde en 1960 une société de production avec quelques amis. Ce sont eux qui financent d’abord de leur poche son projet de long métrage, qui deviendra Night of the living dead. C’est donc avec un budget très réduit que le film voit le jour, et qu’il remporte ensuite un succès supérieur à toute attente, et pour cause.

Aucun effet spécial donc, peu de musique, un scénario très simple se déroulant presque en temps réel, et en huis clos. Et c’est précisément ce choix d’un réalisme froid qui décuple l’angoisse chez le spectateur. Il suffit dès le début du film, d’une apparition au fond du cadre d’un homme marchant lentement dans le cimetière désert, pour que monte immédiatement l’angoisse. Et pourtant : rien de surnaturel dans l’aspect de ce personnage, rien d’anormal, rien de spectaculairement effrayant, rien de souligné par la mise en scène. Juste une présence inquiétante qui suffit à faire pointer l’épouvante.

Le film est tourné en noir et blanc et le son est en grande part post-synchronisé. Mais là encore, le manque de moyens techniques décuple la force expressive du film. Lorsque Barbara (Judith O’Dea) atteint enfin la maison, on n’entend que ses cris ; pas de bruit de ses propres pas, pas de bruit extérieur. Cet étouffement fait basculer le décor banal de la maison dans le monde étrange du cauchemar ; et les gros plans sur son visage déformé par l’angoisse rappellent même les films muets de l’expressionnisme allemand.

Implosion

La maison devient le seul refuge pour résister à l’assaut des zombies en quête de chair fraîche. Elle abrite, en plus de Barbara, d’autres êtres humains, dont Ben (Duane Jons), un routier noir qui deviendra le véritable héros du film. Romero le filme en action, et d’une façon documentaire. La grandeur héroïque de Ben est précisément dans sa capacité à agir face à l’envahisseur. L’important n’est pas de comprendre les raisons de cette invasion (le scénario donne d’ailleurs une explication rapide et anecdotique, car là n’est pas l’essentiel), mais bien d’agir, de construire des remparts, de transformer tout ce que la maison recèle d’objets « civilisés », en armes de défense (la torche salvatrice faite avec un pied de table et un bout de tissu en est un exemple éloquent).

Et pourtant, Ben est seul dans cette entreprise courageuse. La maison-refuge devient vite une maison-prison agissant comme une boîte de Pandore inversée. L’enfermement va développer chez chacun des personnages tout ce qu’il a de plus vil et de plus bas : égoïsme, lâcheté, jalousie… En dépit du danger lancinant des zombies qui s’approchent, la collectivité implose.

Réversibilité

Le danger, croit-on, est à l’extérieur ; la horde de zombies s’avance inexorablement tout au long du film. Pourtant, c’est du cœur de la maison que va surgir la véritable force destructrice. Le ver est déjà dans le fruit, l’humanité crée sa perte au cœur même de son espèce – c’est ce que la parabole du cannibalisme illustre dans ce film. Les zombies ont d’ailleurs une apparence humaine ; ils ne sont même pas dotés d’une force particulière ou exceptionnelle. La vraie menace est dans leur faim insatiable de chair fraîche et dans leur nombre, d’autant qu’ils peuvent grossir leurs rangs en blessant les êtres vivants.

Tout est réversible donc, et les êtres humains peuvent à tout moment basculer du côté de l’ennemi qui devient presque son semblable ; la frontière entre l’homme et le monstre devient poreuse . On a d’ailleurs souvent dit, et avec raison, que le film se faisait l’écho de son contexte politique, en l’occurrence la guerre du Viêt Nam.


Voir le film

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En téléchargement sur Archive.org avec les sous-titres en français en pièce-jointe ci-dessous.

Nous vous suggérons fortement de lire le film après téléchargement avec le logiciel libre VLC (Menu : Vidéo > Piste de sous-titres > Ouvrir un fichier...)

Voir en ligne : La Nuit des morts-vivants, sur Wikipédia

@RomaineLubrique

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