Faites des 0 et des 1 chez Labomedia Romaine la lubrique chez Jeanne la pucelle

, par Véro

Vendredi 9 mai.

Nous voici en gare d’Orléans, avec dans nos besaces, quelques trésors du domaine public.

Tout est parti d’un mail de Charlotte, notre amie danseuse et performeuse, nous invitant à présenter Romaine Lubrique à Orléans, dans un festival présenté comme suit sur le site de l’association Labomedia :

Faites des 0 mais aussi des 1 pour transiter de façon non-linéaire de la consommation culturelle à la co-fabrication d’un festival sous licence libre. Placée sous la thématique de « la courge explosive à l’origine de l’Univers », la Faites des 0 mais aussi des 1 2014 souhaite aborder notre rapport à la nature, à la technique et à la science d’un regard idéologique-critique, mythologique-critique mais surtout poétique.

Un festival « sous licence libre », voilà qui ne pouvait que nous plaire. Un festival qui s’annonçait comme un espace d’exposition et d’échanges pour des créateurs de tout bord, avec pour thématique l’association antinomique de la nature et de la technologie... Quid du domaine public dans ce contexte ?

Nous avons dès lors pensé à présenter un petit Jardin Public : un espace où seraient réunies diverses œuvres du domaine public, au gré de nos découvertes récentes, toutes en libre accès sur internet. Des extraits de textes disponibles sur wikisource, une trentaine des mugshots de la police de Sydney auxquels nous avons récemment consacré un article, un montage de scènes de cinéma projeté en même temps que des morceaux de musique du domaine public, tous genres confondus, du jazz à l’opérette, en passant par la chanson réaliste.

L’idée était donc de montrer la richesse et la variété des œuvres du domaine public, et de les faire dialoguer dans un espace, à la façon d’un libre remix.

Labomedia et le « 108 »

Il fait beau, les rues piétonnes d’Orléans nous accueillent, agrémentées d’énormes drapeaux français flottant dans la brise, tandis que la statue de la fière pucelle se découpe sur son destrier, car nous arrivons (ouf) juste après la fête de la Jeanne. Nous nous enfonçons dans les ruelles derrière la place, direction 108 rue de Bourgogne ; changement d’ambiance.

Nous découvrons une cour intérieure, et tout autour, un labyrinthe d’étages, de salles, avec, partout, des affiches pour des cours de danse ou de théâtre. Et tout en haut, des ateliers, vastes cabinets de curiosité hétéroclites : des lampes étranges et colorées, un héron empaillé, des tours d’ordinateur, un moniteur d’où pousse une plante grimpante, un piano affublé de marteaux apparents , une imprimante 3D en pleine copie d’un bracelet rouge... Avec des gens un peu partout, qui travaillent, qui discutent, qui échangent.

Nous sommes au « 108 », une ex-chocolaterie devenue friche culturelle, réunissant une myriade d’associations, et nous sommes chaleureusement accueillis par l’organisateur du festival, Benjamin.

Depuis le début de la semaine, le festival « Faites des 0 et des 1 » bat son plein. Il est organisé par Labomedia, association se proposant depuis 1999 de croiser les arts et le numérique, depuis la création jusqu’au développement et à la diffusion. En somme, pour paraphraser la présentation de l’association, « fertiliser un écosystème individuel et collectif ».

Pendant cinq jours se succèdent des ateliers, des performances, des présentations d’œuvres, des concerts et des projections. La thématique du festival, « la courge explosive à l’origine de l’univers », en dit assez de l’ébullition joyeuse tous azimuts de l’atmosphère qui y règne...

À titre d’exemple : cette installation où le visiteur se dédouble en cyborg, affublé de lunettes dans lesquelles il voit son double numérique suivre tous ses mouvements tandis qu’une voix métallique fait résonner un texte de Guy Debord dans ses oreilles. Vertige garanti !

Le domaine public est un terreau fertile

L’artiste et ami Philippe Coudert nous a réservé un espace de choix, dans la même salle que l’atelier « Troc végétal », tenu par la douce Ségolène. Un nombre incalculable de petits pots, de petites boutures sur d’immenses tables et des étagères. Ici, on vient troquer des petites plantes contre autre chose, ce que l’on veut.

Ravis de cette compagnie, nous associons ce jardin en petits pots à notre Jardin Public. Nous écrivons sur un tableau noir : « Le domaine public est un terreau fertile ». Puis nous disposons des textes et des petites plantes sur une table ; aidés par Charlotte, Ségolène et beaucoup d’autres, nous installons le vidéoprojecteur, les hauts parleurs pour la musique, et nous collons les mugshots sur un panneau.

C’est le début de la soirée, les visiteurs ne tardent pas. Des gens de tout âge et de tout horizon, des familles, des solitaires, des bandes d’amis... Certains s’arrêtent regarder quelques séquences de cinéma muet, quelqu’un fredonne un air de Donizetti chanté par Caruso, beaucoup examinent les visages des inculpés de la police de Sydney, d’autres jettent un œil à un calligramme d’Apollinaire... Et très souvent, la conversation s’engage : sur ce que nous sommes et ce que nous proposons.

Un photographe nous dit avoir été immédiatement « percuté » par les mugshots de Sydney, une comédienne, Vicky, se propose spontanément pour enregistrer certains textes du domaine public que nous avons sélectionnés, un artiste pratiquant la surimpression de films regarde attentivement notre sélection de séquences cinématographiques... Autant de pistes créatives qu’ouvre le domaine public.

L’intérêt est là, la sensibilisation aux problématiques du domaine public aussi, nous sommes contents.

Fête des 0 et des 1

La soirée se poursuit, et avec elle, nombre de rencontres précieuses. Entre autres, nous découvrons l’association « Cent Soleils », spécialisée dans la projection de documentaires, qui s’apprête à ouvrir une salle de projection au « 108 ». Nous assistons aussi à une performance étonnante : une danseuse munie de capteurs produisant des sons et des effets de lumière mixés par un musicien, grâce au moindre de ses mouvements ; un moment de grâce et de mystère.

Dans la cour, sur scène, des musiciens se succèdent, la cour est pleine de monde, l’atmosphère est à la fête. Jugez plutôt par cette photo (le jeu est de repérer le bonnet rose de Charlotte... C’est facile !)

Nous avons dans la nuit rangé nos bouts de domaine public, heureux d’avoir participé et constaté que le domaine public a pleinement sa place au cœur même de la création numérique. Nous sommes repartis, encouragés par l’accueil et l’intérêt des organisateurs et des visiteurs. Qu’ils en soient ici tous chaleureusement remerciés !

Voir en ligne : le site de Labomedia

@RomaineLubrique

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