Portrait Gallicanaute #3 Marine Gasc L’Histoire vulgarisée, et souvent vulgaire...

, par Jérôme

Après Blouzouga Memphis et Peccadille, portrait de Marine Gasc, une Gallicanaute qui a le don de remâcher l’Histoire avec jubilation... et qui ne mâche pas ses mots.

Entretien avec Marine Gasc

Bonjour, une petite présentation personnelle ?

Bonjour, je m’appelle Marine Gasc, j’ai 24 ans, un neveu mignon et un blog d’histoire Raconte-moi l’Histoire. Depuis peu, j’ai aussi publié mon premier livre !

Comment as-tu découvert Gallica ? L’utilises-tu souvent pour ton blog et pourquoi ? Est-ce que tu l’utilises aussi pour d’autres raisons (études, plaisir, etc.) ?

J’ai découvert Gallica à la fac, pour mes travaux universitaires lorsque j’étais en sciences-politiques puis en histoire du droit. C’était pas funky. Je cherchais un document, je le trouvais ou pas. Je n’allais pas plus loin. Depuis que j’ai le blog, j’aime errer de document en document, ça me donne quelques idées, ou je savoure les enluminures des livres d’heures.

Finalement, je fais plus de recherches maintenant que lorsque j’étais à la fac.

Baiser de paix, détail du livre d'Heures d'Isabeau de Bavière.

Qu’est-ce que tu apprécies sur Gallica ? Qu’est-ce qui pourrait être amélioré ?

On a des milliers de documents en un simple clic. Pour ma part, j’habite en province, dans un village de 1000 habitants. Pas de bibliothèque, pas de médiathèque, pas de livre sans devoir faire une vingtaine de kilomètres..

Avec Gallica, j’ai tout en direct de mon bureau. Outre l’idée du numérique, le contenu est extrêmement diversifié, c’est une véritable mine d’or. J’aime découvrir les « nouveautés » que partage l’équipe sur les réseaux sociaux.

Plein de choses pourraient être améliorées, le zoom est naze, les pièces n’ont pas de catégorie à elles, alors elles sont dans les images (et c’est super agaçant)... Et je peine à utiliser les périodiques... Mais il y a les PDF et les ePub, ça me permet de pouvoir travailler correctement !

Je crois que tu as fait connaissance avec l’équipe d’animation Gallica sur les blogs et les réseaux sociaux de manière assez tonitruante ; tu peux nous raconter ? Où en es-tu avec eux ?

Je mets à votre disposition une capture d’écran, pour bien pouvoir se rendre compte. C’est la première fois que j’assume publiquement. Ma mère ne m’a jamais appris à parler comme ça, et elle se dégage de toute responsabilité.

Je suis une personne excessive. Et quand je trouve pas quelque chose, je râle. Et vu que je suis une fille excessive et moderne, quand je râle, je râle sur Twitter.

Après un tweet insultant et ridicule, Gallica aurait gentiment pu me laisser en galère et surtout ne pas me donner la page de l’encyclopédie que je cherchais, mais le CM [1] l’a fait. Le début d’une grande histoire. Je ne savais même pas qu’il existait un compte Twitter de Gallica. Pour moi ça faisait partie des activités universitaires chiantes. Je crois que maintenant, avec l’équipe, nous sommes copains. Enfin, j’espère.

Que recouvre pour toi l’expression « Gallicanaute » ? Aimes-tu l’idée d’en faire partie ?

Un gallicanaute, c’est une personne qui, après des heures sur Gallica, tombe sur un document qu’il a envie de faire découvrir à tout le monde. J’adore l’idée ! J’ai participé à des albums de gallicanautes sur la page Facebook de Gallica, avec les dragons d’Isabeau de Bavière, par exemple, mais aussi avec des affiches de boissons alcoolisées du XIXème.

Mais le plus gros du travail de Gallicanaute se fait sur Twitter pour moi. Je ne traite pas tous les documents sur le blog, mais parfois, je ne peux pas résister à l’envie de le partager avec l’internet, alors je tweete les images, avec les liens pour que tout le monde puisse y avoir accès.

Sur ton blog, tu nous racontes l’Histoire de façon drôlissime. Les sujets, souvent attractifs comme touchant par exemple à la sexualité, s’y prêtent, mais il y a aussi et surtout ta voix, ton humour irrésistible ; ça t’est venu comment, cette idée ?

J’étais en train de réviser mes partiels d’histoire du droit commercial. Et... c’était un peu pénible. J’ai eu l’idée de réécrire mes cours avec des images un peu marquantes, un rythme plus accessible que les phrases de 300 mots et surtout du dynamisme dans le vocabulaire. C’était pas mal pour retenir.

Ensuite, j’ai commencé à faire ça sur Twitter pour partager tout ce que j’apprenais. Et puis @LaurentNetTweet m’a conseillé de faire un blog. J’ai ri au nez de son écran. Et puis j’ai ouvert un blog. Ça fait presque deux ans maintenant, et ça fonctionne de mieux en mieux !

Tes articles sont toujours très documentés, même quand tu parles du pénis de Louis XVI ou du rhinoceros de Louis XV ; tu as une méthode pour trouver tes sujets ? As-tu le sentiment d’avoir créé un concept qui permette de faire aimer l’Histoire au plus grand nombre ?

J’ai deux méthodes de travail pour trouver des articles, soit j’ai envie de parler du pénis de Louis XVI et je cherche les documents, soit je tombe sur un document qui parle de pénis et je décide de travailler sur tous les pénis de France et de Navarre, en commençant par celui de Loulou. C’est cette dernière méthode que je préfère.

Dernièrement, je travaillais sur l’histoire de la petite culotte, et je suis tombée sur un document Gallica sur les tenues des chanteuses d’opéra, je vais en faire un article qui sera en lien avec celui sur les petites culottes ! C’est aussi simple que ça !

Parfois, j’étudie un document en amont avec un illustrateur et/ou un autre blogueur, et chacun travaille ce document comme il l’entend, ça a donné de chouettes billets croisés avec Johanna Pecadille sur l’histoire des excréments, ou avec Polinacide et Clément sur les prostituées.

Est-ce que tu sais si tes lecteurs, à leur tour, vont sur Gallica, manipulent les documents numériques après avoir lu tes articles ?

Très très peu de lecteurs, malheureusement, cliquent sur les liens Gallica, les images marchent tout de même un peu plus que les textes. J’aimerais beaucoup que mes lecteurs aillent sur Gallica, faire leurs propres découvertes, je les y encourage !

Tu as tenté (avec succès) de recueillir tes articles en un livre papier vendu via Bibliocratie ; peux-tu nous parler de cette expérience ?

Après plus d’un an de blog, un petit succès et des lecteurs toujours plus nombreux, j’ai voulu marquer le coup en faisant un recueil des meilleurs articles et en ajoutant 6 ou 7 inédits, et ça a plutôt bien marché. 178 livres la première souscription et 182 lors de la seconde. C’est assez cool, donc j’ai décidé de faire un tome 2 !

Gallica se réserve l’exploitation commerciale de ses contenus pourtant dans le domaine public. La numérisation a un coût mais cela te semble-t-il normal pour une institution publique ?

Hem. Grand sujet. Quand j’ai voulu sortir le livre, j’avais repéré une enluminure du XII ou XIIIème siècle, pleine page, vraiment trop belle sur Gallica pour en faire la couverture. Ainsi que d’autres images pour illustrer mes propos. Et puis, je me suis renseignée. 160€ pour la couverture, et une vingtaine d’euros pour chaque image. Même si le livre est imprimé à moins de 500 exemplaires.

J’ai envoyé un petit mail au service pour connaître les modalités de négociation, comment dire... Rien à faire (et une personne désagréable, en prime). J’ai été très déçue. (Et évidemment, je suis allée me plaindre sur Twitter)

L'image qui ne sera jamais en couverture de Raconte-moi l'Histoire : Somme le Roi, frère Laurent.

Plus objectivement, je crois que je n’imagine pas le boulot que demande la numérisation, ça doit être énorme, il y a tellement d’ouvrages ! Je peux comprendre une participation. Mais il faudrait repenser le système. Ça porte atteinte à l’image du domaine public, je trouve.

Gallica peut mettre à disposition son contenu numérisé car les œuvres appartiennent au domaine public. Est-ce que la question du domaine public en particulier et du droit d’auteur en général t’intéresse ? Est-ce que 70 ans après la mort de l’auteur, ce n’est pas un peu long pour entrer dans le domaine public à l’ère numérique ? En conséquence de quoi on s’arrête au seuil de la Deuxième Guerre Mondiale sur Gallica ?

Je sais pas trop quoi penser de tout ça, c’est pas tellement mon domaine de compétence. Est-ce que si le délai était réduit à 30 ans (par exemple), on ne serait pas déçu de ne pas encore avoir dans le domaine public les documents des personnes qui sont décédées depuis seulement 25 ans ?

En vrai, je crois que je n’ai aucun avis sur tout ça, j’y réfléchirai peut-être un peu plus tard, quand j’aurai 100 ans, pour savoir ce que vont devenir les nombreux ouvrages que j’aurai écrits.

Soyons un peu provocateur. Tu t’intéresses à la culture du passé, tu es passéiste ?

J’aime l’Histoire, j’aime découvrir les us et coutumes du petit peuple, les grandes dates et les couples royaux, mais si je m’y intéresse c’est avant tout pour mettre en lumière notre époque. Je montre la médecine pendant le Directoire, et je me rassure d’avoir nos médecins du XXIème siècle. J’explique les droits de la femme dans le code civil de 1804 (je pleure), puis je montre l’évolution. On en était là, on en est là. Merci ! J’aime mon époque, mon siècle et les évolutions.

Tu foisonnes d’idées. As-tu de nouveaux projets dont tu pourrais nous parler ?

Le Tome 2 de Raconte-moi l’histoire est en ligne depuis le 10 décembre sur Bibliocratie avec plus d’une dizaine d’inédits !

Voir en ligne : Raconte-moi l’Histoire

Notes

[1Community Manager, note de la rédaction.

@GallicaBnF

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