Portrait Gallicanaute #2 Peccadille Au royaume de la sérendipité

, par Jérôme

Après Blouzouga Memphis nous poursuivons notre exploration des Gallicanautes qui explorent Gallica.

Aujourd’hui, c’est au tour de Peccadille de nous présenter son travail et ses trouvailles et nous expliquer pourquoi son « rêve secret, c’est de vivre dans Gallica ».

Edit du 28 avril 2015 : Nous avons ajouté un court passage télé de Peccadille à la BnF en fin d’article ;)

Entretien avec Peccadille

Bonjour, une petite présentation personnelle ?

Je m’appelle Johanna (mais sur Internet j’utilise plus volontiers le pseudo de « Joh Peccadille »), j’ai 24 ans et je suis étudiante en histoire de l’art et numérique.

Depuis février 2012, je suis aux manettes du blog Orion en aéroplane où je partage mes passions : la culture et le patrimoine. J’y parle des musées et de leurs coulisses, des expositions qui m’ont plu, de l’histoire de Paris, de Street-Art et surtout de mes trouvailles sur Gallica.

Comment as-tu découvert Gallica ? L’utilises-tu souvent ? Dans quel cadre : professionnel, amateur, autre ?

J’ai découvert Gallica en 2008, dans le cadre de mes études à l’École du Louvre, mais je crois que j’en avais déjà entendu parler auparavant. Je l’utilisais occasionnellement pour compléter des cours d’histoire de la gravure, et, soyons honnête, ça n’était pas une partie de plaisir, je peinais toujours des heures avant de trouver les ouvrages dont j’avais besoin ! À l’époque, le moteur de recherche était (un peu) pourri ! Si bien que mon premier réflexe était souvent d’enregistrer les PDF pour ne pas avoir à me frotter à nouveau à l’application.

Ma fréquentation régulière de Gallica est venue un peu plus tard, toujours dans le cadre de mes études. Heureusement, entre temps, le site (et son moteur de recherche !) avaient été refondus.

Progressivement, à partir de 2010-2011, j’ai commencé à surfer sur Gallica pour le plaisir, alors que la numérisation d’images (estampes, photos...) se faisait de plus en plus massive.

Qu’est-ce que tu apprécies sur Gallica ?

J’apprécie l’abondance et la diversité des collections : il y a de quoi y passer des heures. Gallica, c’est le royaume de la sérendipité ! J’y vais parfois avec une requête précise (est-ce qu’il y a des documents sur l’Obélisque de la Concorde ou sur le Diorama de Daguerre ?), mais le plus souvent, j’y erre sans but : je m’amuse à entrer dans le moteur de recherche tous les mots qui me viennent à l’esprit !

Théodore Jung, Érection de l’Obélisque du Luxor, Le 25 octobre 1836, lithographie, BnF/Gallica.

Une des grandes forces de Gallica, c’est la fréquence de ses mises à jour : tous les dix jours, il y a plusieurs centaines de documents à explorer... dans lesquels on trouve à coup sûr quelques pépites à partager sur les réseaux sociaux sous le hashtag #ChasseAuxTrésors.

Au-delà du contenu même de Gallica suis-tu le travail de l’équipe d’animation sur le blog et les réseaux sociaux ?

J’ai découvert le compte twitter @GallicaBnF dès mes premiers pas sur ce réseau social, en février 2011 ... et je dois dire que l’inventivité de l’équipe d’animation a beaucoup contribué à ce que je devienne accro à Twitter !

Le travail de l’équipe Gallica sur les réseaux sociaux est vraiment excellent : régulier, rythmé, diversifié. Il y a une dimension très humaine, avec pas mal d’humour et surtout une vraie expertise sur les contenus. Je pense que c’est là le secret de la réussite d’une politique de communication numérique pour une institution culturelle !

Connais-tu l’expression « Gallicanaute » ? Qu’est-ce qu’elle recouvre pour toi ? Aimes-tu l’idée d’en faire partie ?

Oui, difficile de ne pas passer à côté quand on suit Gallica sur les réseaux sociaux ! J’ai tout de suite accroché avec ce nom qui désigne « celui qui navigue sur Gallica ». C’est la promesse d’infinis voyages immobiles ! Le titre de mon blog est d’ailleurs un lointain écho à cette dimension « voyageur de salon ». En associant un mode de transport un peu obsolète (l’aéroplane) et une constellation inaccessible (Orion), je voulais évoquer l’imaginaire des voyages au XIXe siècle, les fantasmagories de Méliès, l’enthousiasme face au progrès des Expositions universelles...

Dans ma mythologie personnelle, le Gallicanaute est un intime de la bibliothèque numérique, un chercheur de trésor insatiable. Il connaît les bons gisements, manie avec aisance les mots-clés : il sait où jeter ses filets pour faire bonne pêche... Il connaît les petits caprices du moteur de recherche et sait feinter pour obtenir ce qu’il veut de la grosse « machine à chercher »... Mais surtout, un gallicanaute partage ses trouvailles.

A. Guillaume, la nouvelle chasse à courre, dans l’Assiette au beurre, n° spécial "A nous l’espace", 1901, BnF/Gallica.

Comment et pourquoi partages-tu tes découvertes Gallica sur Internet ? Tu as déclaré dans un commentaire sur l’un des billets de ton blog : « Mon rêve secret, c’est de vivre dans Gallica » ; quel rapport exactement entretiens-tu avec Gallica ?

Je partage mes découvertes Gallica sur Internet ... parce que je suis une incorrigible bavarde !!! Blague à part, j’ai généralement le goût de partager mes coups de cœur, mes trouvailles culturelles. Comme je saoulais parfois (souvent en fait) mes proches, j’ai commencé à twitter, puis à m’épancher sur mon blog. Au début je l’avais pensé comme le prolongement du journal de bord culturel que je tenais au lycée...

Mon avatar sur les réseaux sociaux, la Paresse, une estampe de Vallotton, 1896, numérisée sur Gallica.

Quant à cette phrase « Mon rêve secret, c’est de vivre dans Gallica », ça reflète un peu ma frustration de ne pas pouvoir consacrer plus de temps à y flâner. L’offre est tellement immense qu’il y aurait de quoi y user des années entières ! Si vous me trouvez un mécène, je m’engage à être Gallicanaute à plein temps et à faire voler mon aéroplane quotidiennement !

Un signet qui orne la porte de mon bureau, à l’INHA. Ce n’est pas moi qui l’y ai mis, c’est juste une drôle de coïncidence.

Valoriser les contenus numérisés des musées et des bibliothèques, cela semble t’intéresser au point d’en faire peut-être un métier ; pourquoi une telle vocation (motivation) ?

À force de fréquenter les collections numérisées des bibliothèques et des musées, j’ai eu envie de participer à leur mise en ligne. Alors que je réfléchissais à m’orienter vers un Master pro numérique, j’ai décroché une vacation à la BnF. Pendant un an, à côté de mes études, j’ai assisté le bibliothécaire chargé de la numérisation du département des estampes et de la photographie. J’ai participé au récolement des œuvres gravés de Veber et Whislter, préparé la numérisation de nombreux documents (livres, photographies, estampes) et contrôlé la qualité des fichiers avant mise en ligne. À ce jour, ça reste ma plus chouette expérience professionnelle !

Évidemment, ce travail à la BnF a beaucoup nourri mon blog, car j’avais ainsi une idée très précise de ce qui allait être mis en ligne...

Grâce à cette expérience, je suis entrée en master 2 « Technologies numériques appliquées à l’Histoire » à l’École des Chartes où je m’intéresse particulièrement aux outils à disposition des chercheurs pour explorer et exploiter les corpus numérisés.

Whistler, Black lion wharf, 1859-1871, eau-forte, 3e état, BnF/Gallica.

Numériser le patrimoine, c’est le mettre à la disposition de tous et tout le temps, au-delà des murs de l’institution et des problématiques de conservation. Par exemple, une photographie ancienne ne peut pas être exposée plus de 3 mois sur une période de 3 ans, tandis qu’un livre fragile ne peut pas être manipulé fréquemment.

Les bibliothèques numériques et les bases de données offrent à tous le droit de voir, lire, réutiliser les documents patrimoniaux là où, auparavant, seule une petite caste de privilégiés pouvait y accéder en dehors des expositions. Valoriser le patrimoine culturel par la numérisation, c’est donc prolonger les missions des musées et des bibliothèques bien au-delà de leurs murs... Un devoir de service public très important à mes yeux !

Bien sûr, numériser ne suffit pas, il faut aussi pousser les documents vers le grand public. Les blogs, Facebook, Twitter, permettent cela, en associant au travail du personnel scientifique l’enthousiasme des amateurs de tous horizons.

Tu as ainsi par exemple déniché un livre sur Gallica traitant de fraudes alimentaires sur Paris au début du XIXe siècle (qui nous réconcilierait presque avec notre époque !) ; comment en général trouves-tu tes sujets ?

De plein de manières différentes ! Les petites choses de mon quotidien : si j’ai admiré lors d’une promenade dans Paris un bâtiment, je regarde en rentrant si je n’en trouve pas une vue ancienne sur Gallica. Un ouvrage m’interpelle dans une exposition ? Je le feuillette sur Gallica (voir mon article à ce sujet) ! Une lecture sur les bains de mer me passionne : j’essaie de retrouver les documents cités sur ma bibliothèque numérique préférée. C’est devenu un réflexe !

Dans ce livre sur les bains de mer, était reproduite la couverture d’un numéro de l’Assiette au beurre, que j’ai pu feuilleter sur Gallica grâce à l’application pour tablette.

Les idées de billets de blog ne me manquent pas : tout peut être prétexte à une recherche. Dans le cas des fraudes alimentaires, je crois que j’étais tombée par hasard sur un document dans Gallica peu de temps après le scandale de la viande de cheval : ça m’avait amusée, j’avais poussé la recherche plus en avant pour avoir la matière à écrire un article.

L’actualité est une source intarissable : on parle de pénaliser la prostitution ? Gallica regorge de documents sur la question, où l’on découvre que les termes du débat sont à peu près les mêmes depuis un siècle et demi, comme l’ont montré Marine sur son blog Raconte moi l’Histoire et Polina sur Polinacide. Et c’est la même chose pour beaucoup de sujets, comme celui de la découpe des départements ou des régions ! Une émission que j’aime bien sur France Culture, Concordance des temps, traite souvent l’actualité de cette manière, en l’éclairant des précédents historiques, en « débusquant dans le passé des similitudes avec nos conjonctures contemporaines ». D’ailleurs, l’animateur de cette émission n’est autre que Jean-Noël Janneney, qui fut président de la BnF de 2002 à 2007 .

Un peu d’humour : certains dossiers sur ton blog sont à la fois très intéressants et sérieux, comme celui sur le photographe Reutlinger ; mais tu as également un penchant pour les sujets plus scabreux, voire carrément scatologiques ?

J’ai un penchant pour les trucs insolites... et ... insolite rime parfois avec scabreux ! Qu’il s’agisse d’une Ode à la merde ou l’art de faire caca à Paris au XVIIIe siècle, je ne les ai pas vraiment cherchés, mais trouvés par pur hasard, lors d’une maraude gallicanesque. Cela m’a amusée et je savais que ça plairait : pourquoi me priver ? L’insolite offre une porte d’entrée ludique vers le patrimoine. Je le vois bien dans les retours sur ces billets : ils touchent entre autre un public qui avoue trouver l’histoire habituellement poussiéreuse.

L. Bonnet, d’après S. Leclerc, A beau cacher, estampe, XVIIIe siècle, BnF/Gallica (détail).

Qu’est-ce qui pourrait être amélioré sur Gallica ?

J’aimerais bien que l’espace personnel soit rafraîchi : il est très peu ergonomique et offre des possibilités limitées. J’aimerais par exemple que Gallica propose une interface de travail outillée où l’utilisateur pourrait constituer des corpus, éditer le texte OCRisé, visualiser simultanément la numérisation image et le mode texte, annoter les documents, télécharger plus massivement et intuitivement des ensembles avec leurs métadonnées... Un vrai gain de temps pour les chercheurs notamment.

Essai d’annotations dans Gallica à l’aide du bookmarklet "AnnotateIt" développé par l’Open Knowledge Foundation.

J’en profite pour saluer une des évolutions récentes de Gallica, que j’attendais depuis longtemps : les nouvelles pages explorer les collections qui proposent des parcours au sein de corpus cohérents (l’histoire par l’image, les grands quotidiens de presse, les enregistrements sonores de l’exposition de 1931). C’est une belle entrée vers les documents pour un public d’amateurs qui vient par curiosité et sans objectif de recherche.

Est-ce que 70 ans après la mort de l’auteur, ce n’est pas un peu long pour entrer dans le domaine public à l’ère numérique ? En conséquence de quoi on s’arrête aux portes de la Deuxième Guerre mondiale sur Gallica.

Je ne me suis jamais posé la question, ça fait si longtemps que j’ai intégré ce délai ! Mais j’avoue attendre avec impatience l’entrée dans le domaine public de certains artistes, comme le graveur Henri Rivière, que j’aime beaucoup. La BnF a reçu une donation exceptionnelle de la famille Rivière, qui a été exposée en 2008, mais le corpus ne pourra être versé sur Gallica qu’en 2017.

Connais-tu d’autres Gallicanautes qui mériteraient d’être interviewés par Romaine Lubrique ?

Outre plusieurs blogs de Gallicanautes que Romaine Lubrique connaît bien (Raconte moi l’histoire, Blouzouga Memphis...), je lis quelques blogs de généalogistes, qui utilisent Gallica comme source ou pour illustrer certains aspects de la vie de leurs (et nos) ancêtres. Actuellement, la communauté des blogueurs-généalogistes francophone est en plein dans un challenge A-Z (un billet par jour sur un thème en suivant l’alphabet) : un événement à suivre !

Par ailleurs, j’espère que Romaine Lubrique suscitera des vocations : Gallica est une mine d’or, venez l’exploiter !

Voir en ligne : Orion en aéroplane

@GallicaBnF

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