Je n’irai pas au Louvre, j’ai déjà vu une photo de La Joconde Musée, domaine public et photographie

, par aKa

Dans une récente chronique du 56Kast, nous avons évoqué le cas du musée d’Orsay qui non seulement interdit la photographie à ses visiteurs mais se permet également de rajouter une couche de droits lorsqu’il photographie et numérise lui-même ses œuvres du domaine public.

Une nouvelle (et salutaire) intervention à l’Assemblée nationale de la députée Isabelle Attard touchant directement la question du domaine public [1].

Transcription

[Madame la ministre] Vous étiez précédemment en charge du numérique au sein de ce gouvernement. Vous êtes donc sensible à l’importance d’une stratégie numérique pour la culture.

Nous avons déjà vu quelques petites touches positives comme la Public Domain Mark soutenue par un guide des bonnes pratiques de votre ministère.

Il est important de rappeler qu’après une période de protection des droits de l’auteur, ce sont les droits du citoyen qui prennent le relais lorsqu’une œuvre s’élève dans le domaine public.

Mais le domaine public continue d’être maltraité, notamment par le droit d’auteur des photographes qui œuvrent pour les musées.

Le code de la propriété intellectuelle et la jurisprudence disent qu’une œuvre doit faire preuve d’originalité. La reproduction en deux dimensions d’une œuvre, faite avec la plus grande fidélité possible, ne saurait constituer une nouvelle œuvre originale. ll faut le dire clairement, aucun droit d’auteur n’entoure les photos d’œuvres du domaine public mise en ligne par les musées.

Beaucoup de musées d’ailleurs jouent avec ambiguïté sur cette question. Ils espèrent une nouvelle source de financement par la commercialisation de ces reproductions. Ils ont à la fois tort et raison.

Tort parce que lorsque qu’une œuvre est dans le domaine public, il n’est pas légitime d’ajouter de nouveaux freins à l’accès des citoyens. Les PPP comme les contrats ProQuest de la BnF posent de graves problèmes de qualité, d’égal accès pour tous les citoyens et de coûts.

Et raison parce que la mise en ligne gratuite est une source de revenu. Nous avons tous déjà vu une photo de La Joconde avant de visiter le Louvre. Avons-nous un seul instant pensé : je n’irai pas au Louvre, j’ai déjà vu une photo de La Joconde ? Non. Le Rijksmuseum d’Amsterdam a mis en ligne, en haute définition, une immense collection de peintures, notamment Rembrandt et Vermeer, la fréquentation a augmenté.

Nous avons le patrimoine, les œuvres, les musées, les touristes, pourquoi ne sommes-nous pas en pointe de la numérisation ? Pourquoi nos musées se contentent-ils de fournir la matière première du portail privé Google Art Project au plus grand bénéfice de cette machine de guerre américaine ?

Madame la ministre je finirai par là. De nombreux musées dépendent de vous, il vous appartient de leur rappeler qu’une de leurs missions, fixée par la loi, est la diffusion au public le plus large. En accomplissant cette mission avec tous les outils numériques disponibles, ils n’y perdront ni leurs visiteurs, ni leurs ressources, ni leur âme, bien au contraire.

Voir en ligne : URL d’origine de la vidéo (Assemblée nationale)

P.-S.

Illustration : La Joconde - Grégory Bastien - Licence : Creative Commons By-NC-ND (source : Flickr)

Notes

[1Jeudi 30 octobre - Commission élargie - Examen du projet de loi de finances 2015 - Audition de Fleur Pellerin sur les crédits de la commission Culture

@RomaineLubrique

« Domaine Public »