Les fascinantes photos d’identité judiciaire de la police australienne You’re under arrest !

, par aKa, Véro

Artistique, touristique, portrait, nu, de mode, animalière... la photographie se décline en de nombreuses catégories. Il en est une très particulière où sujet et photographe n’ont aucune affinité l’un l’autre, le premier n’ayant aucune envie d’être là et le second ne faisant que son travail : la photographie d’identité judiciaire.

De face, de profil, une plaque d’identification pendue au cou, l’exercice est contrôlé et balisé. Il s’agit de posséder une identité visuelle d’une personne qui vient d’être arrêtée afin de faciliter enquêtes et archives.
Certaines de ces photos sont restées célèbres car elles impliquaient des personnalités, comme par exemple Jim Morrison, cueilli en 1970 pour ivresse avancée et exhibition publique, ou Bill Gates en 1977 pour mauvaise conduite... automobile.

Il existe cependant une série de photographies d’identité judiciaire qui étonne et fascine encore aujourd’hui.
D’abord parce que leur qualité rend ces êtres de l’humanité moyenne extrêmement proches de nous, loin des stars de l’époque dont nous connaissons les portraits.
Ensuite parce qu’ils font écho à toute une veine du film noir, policier ou mafieux, dont Hollywood a construit les mythes.
Enfin, parce que le dispositif rigide de la photographie d’identification laisse place, à l’époque, à des variations étonnantes : en groupe ou isolés, assis ou debout, certains ne regardent pas l’objectif, d’autres le défient, d’autres encore semblent ne pas comprendre ce qui leur arrive, d’autres expriment dans leur visage et leur corps, l’extrême misère et la souffrance...
En somme, il n’en faut pas beaucoup pour imaginer leur histoire, et en faire de véritables personnages de roman.

Parfois, pour certains clichés, quelques renseignements sur les chefs d’accusation viennent nourrir l’imaginaire : on a là tout le spectre des méfaits. Des tueurs en série, des criminels passionnels (qui n’ont vraiment pas la tête de l’emploi), des infanticides, mais aussi de petits voleurs, des escrocs, des drogués, des prostituées et des « faiseuses d’anges » (tous très sévèrement punis à l’époque). Voire une femme travestie en homme meurtrière de ses épouses ! Énième preuve que la réalité dépasse, et de loin, la fiction.

Un casting de rêve (ou de cauchemar) pour un film noir, un roman policier ... ou un aperçu poignant de la misère des bas-fonds de 1920.

Le fonds photographique des années 1920 de la police australienne

La police de Nouvelle-Galles du Sud, État australien incluant notamment Sidney, a récemment numérisé quelques 2500 photographies issues de ses archives des années 1910/1930.

Les négatifs sont d’assez grand format et en plaque de verre, comme on peut le voir sur l’image ci-dessous d’une manipulatrice du Sydney Living Museums, ce qui explique la qualité remarquable des clichés.

Les lieux

Comme des extraits d’un film à imaginer...

Accidents

Scènes de crime

Avec ou sans victimes

Des suicides

La pègre

Hommes de peu de foi

Mais on y trouve donc aussi (et surtout) des portraits des personnes tout juste arrêtées, réalisées au commissariat central de Sydney. En voici un échantillon (plus de photos ?).

Hampton Hirscham, Cornellius Keevil, William O’Brien et James O’Brien (1921), braqueurs de banque, et fort décontractés !

William Cahill (1923), dont on ne sait rien (un petit côté Anthony Hopkins dans Hannibal Lecter ?).

Herbert Ellis (1920), un gros poisson, multirécidiviste : association de malfaiteurs, troubles à l’ordre public, braqueur, cambrioleur...

Sidney Kelly (1924), accusé de nombreuses infractions (violences, agressions, port d’arme illégal et organisateur de jeux clandestins)

Thomas Bede (1928), subornation de témoin. Il est écrit sur la photo : « cet homme a refusé d’ouvrir ses yeux ».

Frank Murray (1929), cambrioleur, décrit comme « coopératif » par la police de Sydney.

De Gracy et Edward Dalton (1920), aucune information sur eux, mais l’expression de l’un et la balafre de l’autre n’augurent rien de bon...

Joseph Messenger (1922), 18 ans, vol de vêtements et de chaussures.

Albert Sing (1922), 18 mois de travaux forcés pour recel d’objets volés.

Alfred Fitch (1924), voleur de voiture.

Portraits de femmes

Elsie Hall, Dulcie Morgan et Jean Taylor, non coupables, ramassées dans la maison d’un criminel notoire.

Vera Crichton (1924), condamnée pour avoir forcée une tierce personne à avorter clandestinement.

Doris Poole (1924), voleuse de bijoux.

Fay Watson (1928), en possession de cocaïne.

Emily Hemsworth (1925), infanticide, fut déclarée non coupable pour cause de démence.

Alice Cooke (1922), usurpation d’identité, de fait elle avait deux maris.

Valerie Lowe (1922), prostituée.

Dorothy Mort (1920), condamnée pour crime passionnel.

L’homme qui voulait la quitter...

Barbara Turner (1921), 1 an de prison pour émission de chèques en bois.

Alma Smith, 5 ans pour avortement illégal sur une fille qui est décédée lors de l’opération. Elle a... 34 ans sur la photo !

Ada McGuinness (1929), trafiquante de cocaïne, qualifiée par la police de l’époque de « plus diabolique femme de Sydney ».

Hazel McGuinness, sa fille.

Eugenia Falleni (1920)...

...accusée d’avoir tuée sa femme qui avait découvert qu’elle n’était pas un homme mais une femme !

Emma Rolfe (1920), cleptomane, a toujours clamé son innocence.

Remix colorisé

Nous ne l’avons pas précisé, mais ces photos sont évidemment toutes dans le domaine public. Libre à nous donc de les réutiliser comme bon nous semble, telle Dana Keller en les colorisant [1].

William Munro (1924), accusé de détenir des biens volés pour une valeur de « 536 pounds 4 shillings et 1 penny ».

Sydney Skukerman (1924), se faisait passer pour un faux administrateur de biens pour escroquer ses victimes.

Phillip Henry Ross (1926), dont on ne sait rien.

William Moore (1925), trafiquant d’opium frelaté, et qui s’amuse à prendre la pose.

Un autre remix, réalisé par Samantha Small, assemblage de 3 photos du fonds (avec Hazel McGuinness et Herbert Ellis, mentionnés plus haut).

Et une toute dernière, qui garde tout son mystère...

Voir en ligne : Fonds numérique du New South Wales, Police Department.

Notes

[1On notera également la présence d’un Tumblr directement associé à ces photographies.

Sur l’agenda…

Le 1er décembre à Numa, lancement du calendrier de l’Avent du domaine public 2015 de SavoirsCom1. On vous y attend nombreux !

@RomaineLubrique

« Domaine Public »