Plantez un piano au beau milieu d’une gare Il jouait du piano debout

, par aKa

« Piano en Gare »... Tous ceux qui prennent régulièrement le train ont remarqué la présence de ces pianos mis librement à la disposition des voyageurs par une SNCF fort bien inspirée sur ce coup-là.

J’attendais quelqu’un en gare du Nord de Paris, vendredi 28 mars dernier. Et il y avait ce petit bonhomme qui interprétait avec rythme et passion sa propre variation de Johnny B. Goode, mythique morceau rock ’n’ roll de Chuck Berry. La chanson raconte l’histoire d’un garçon de la campagne qui « jouait de la guitare comme s’il avait toujours su en jouer »...

Petits moments de grâce : lorsque notre pianiste ne regarde plus ses mains, lorsqu’il s’en va debout vers les aigus, lorsqu’un SDF vient lui caresser la tête de sa main en partant...

L’occasion d’évoquer le domaine public en droit public et non en droit de la propriété intellectuelle comme on a plutôt l’habitude de le faire ici. On parle alors parfois de domanialité publique : ensemble des biens des collectivités publiques et établissements publics qui sont soit mis à la disposition directe du public usager, soit affectés à un service public (fleuves, routes, jardins publics, mairies, cimetières, musées nationaux, ondes hertziennes, etc.).

Les gares en font partie. Et plantez un piano au beau milieu de ce domaine public et vous créez des occasions comme celle-ci, où les gens jouent, écoutent et partagent au naturel sans se demander s’ils ont le droit ou non de le faire.

Ils font bien d’ailleurs parce qu’ils seraient peut-être surpris d’apprendre que c’est théoriquement illégal [1], et on en revient à la propriété intellectuelle. On souhaite à Chuck Berry de vivre encore longtemps mais toujours est-il que Johnny B. Goode n’entrera donc pas dans le domaine public avant au moins 70 ans. Or interpréter publiquement une chanson sous droit d’auteur est interdit. Si l’on voulait rester stricto sensu dans les clous de la légalité on devrait se restreindre à un répertoire musical du domaine public [2] (ou sous licences libres). Peut-être que la SNCF a contracté un accord avec la SACEM mais il est plus probable ici qu’il y ait une tolérance.

Heureusement qu’il subsiste encore des lieux où l’on distingue la loi et l’esprit de la loi...

Notes

[1On notera, et là c’est moi qui suis en cause, qu’il est également illégal de mettre en ligne une vidéo où figure un mineur sans le consentement des parents.

[2C’est le choix de Véronique Boukali du reste.

@RomaineLubrique

« Domaine Public »

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